12 avr. 2021
Pénurie de logements neufs : le gouvernement tente de faire pression
« Si les maires ne veulent pas donner de permis, l’État le fera à leur place. » C’est avec ces quelques mots qu’Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du Logement, exprimait courant mars sa volonté de pousser les maires à construire davantage.

En effet, en 2020, les autorisations de permis de construire ont chuté de 14,7% entraînant par conséquent une baisse de 6,9% des mises en chantier.  Et les premiers chiffres de 2021 suivent cette tendance. Cependant la crise sanitaire ne serait pas le seul facteur de ce ralentissement comme l’affirment de nombreux professionnels de l’immobilier depuis quelques mois déjà. Ainsi, Emmanuelle Wargon l’admet, les maires seraient de plus en plus réticents à construire. Mais selon les professionnels de la construction, ce phénomène serait plus large, rendant les Français hostiles aux nouvelles constructions apparaissant dans leurs communes. « Il y a un problème sociétal, analyse Alexandra François-Cuxac, la présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI). Un certain nombre de personnes, en utilisant la caisse de résonance des réseaux sociaux, se déchaînent contre toute construction nouvelle. Les maires bâtisseurs – car il y en a encore heureusement – se font régulièrement attaquer. »  

Bâtir peut constituer un handicap électoral 

D’après l’Union nationale des aménageurs (Unam) « Aujourd’hui, 25 % des permis de construire subissent des recours de la part des riverains ». Les maires voient donc dans les constructions neuves, un handicap électoral important du aux nuisances sonores et aux désagréments mis en avant par les riverains.  Pour Flavien Neuvy, maire de Cébazat, une commune de 9 000 habitants située dans la métropole de Clermont-Ferrand, l’exonération de la taxe foncière pendant 15 ans dont bénéficient les logements sociaux, constitue un manque à gagner important pour les municipalités. Mais bâtir des logements représente une charge financière pour les communes notamment en raison de la nécessité d’adapter les infrastructures.  

De quels moyens de pression l’État dispose-t-il ?

Dans les faits, l’État dispose de moyens de pression sur la construction de logements sociaux uniquement.  Comme le reconnaît Emmanuelle Wargon, « Ce n’est pas l’État qui signe les permis de construire, sauf à de rares exceptions. Nous ne pouvons pas décider à la place des élus, il faut une volonté politique de leur part ». Cependant, les maires doivent appliquer les décisions du Plan Local d’Urbanisme (PLU), validé par le préfet et donc indirectement par l’État. Malheureusement, comme le souligne Alexandra François-Cuxac, « Les PLU ne sont jamais respectés ». Les Français ne souhaitant pas densifier leurs villes, les maires font construire moins dense donc très souvent moins haut. D’après les professionnels de la construction, la situation pourrait donc à nouveau s’aggraver dans le sillage des résultats des dernières élections municipales. Pour Emmanuelle Wargon, la réticence plus générale des maires à construire est un « aspect culturel qu’il faut travailler ».  


Source : Le Figaro / Reproduction interdite. Lire l'article
Crédit photo : Ivan Bandura - Unsplash
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